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Références

Sociologie des pratiques culturelles de Philippe Coulangeon, La Découverte, Collection « Repères Sociologie », nouvelle édition 2010. Il comporte 128 pages.

 

SUJET ET MOTS CLES

Philippe Coulangeon, chargé de recherches en sociologie, étudie les pratiques culturelles des différents publics en fonction des catégories socioprofessionnelles, des sexes, des âges, des générations, des lieux, des niveaux de diplômes en passant par la télévision, la lecture, la musique, la radio, la photographie, l’écriture, les semi-loisirs, les technologies de l’information et de la communication (TIC), les musées, le cinéma et les arts vivants (théâtre, concert, opéra, ballet). Il nous fait part des évolutions culturelles à travers les générations qui se succèdent en tentant de nous expliquer les causes du clivage social et la nouvelle place du média ou du loisir au sein de la société actuelle. L’objectif de l’œuvre est de démontrer que l’accès à la culture est soumis à de nombreuses inégalités sociales.

 

CITATIONS

« Le montant et la distribution des dépenses de consommation culturelle n’apportent qu’un éclairage très partiel sur les pratiques culturelles concrètes des individus et des groupes, qui n’incluent pas seulement des activités de consommation marchande. » (page 3)

« A côté de la propriété et de la consommation des biens matériels, les préférences esthétiques et les pratiques culturelles participent, dans les sociétés modernes, aux rituels d’identification de la vie sociale. » (page 5)

« L’espace social des goûts et des pratiques culturelles s’organise par ailleurs en fonction du volume et de la nature des capitaux que détiennent les individus (capital économique, mesuré par le revenu et le patrimoine, et capital culturel, principalement indexé sur le niveau de diplôme), ce double principe structurant simultanément l’espace des positions sociales. » (page 7)

« Globalement, la familiarité avec les arts savants et le rejet simultané des arts populaires ou de la culture de masse opposent la classe dominante aux classes populaires. » (page 7)

« La télévision constitue, dans l’ensemble du monde occidental et même au-delà, la principale activité de loisir culturel. Pratique de masse par excellence, la télévision est pourtant également l’objet d’une différenciation croissante de ses usages [Chaniac et Jézéquel, 2005]. » (page 11)

« La situation contemporaine de la lecture fait l’objet de diagnostics contrastés. A bien des égards, on n’a sans doute jamais autant lu que dans les sociétés occidentales contemporaines, dans l’environnement desquelles l’écrit est omniprésent [Horellou-Lafarge et Segré, 2007], mais cette « massification » de la lecture recouvre une diffusion très inégale des pratiques de lecture, dans leur diversité. » (page 33)

« On peut, avec Gérard Mauger et Claude Fossé Poliak [1998], distinguer quatre types de lecture qui ne se définissent pas tant par le type de textes lus que par les dispositions mises en œuvre dans la lecture. La lecture de divertissement renvoie au désir d’évasion […]  La lecture didactique, qui associe désir de lire et désir d’apprendre, se porte sur une plus grande variété d’ouvrages que la précédente […] A la lecture de salut correspond une intention performative (lire pour se parfaire, se transformer, se dépasser) […] Quant à la lecture esthète, elle se distingue avant tout des précédentes par la gratuité revendiquée de la pratique, pas sa finalité sans fin. » (pages 50-51)

« L’omniprésence de la musique, et notamment de la musique enregistrée, dans la vie quotidienne se prête ainsi à une segmentation des genres, des styles ou des courants, qui constitue un objet de prédilection des sociologues de la culture en même temps qu’elle fonde l’activité des stratèges du marketing de l’industrie du disque. » (page 56)

« A bien des égards, la pratique de la photographie continue d’incarner cet « art moyen » que décrivait l’équipe de chercheurs réunie autour de Pierre Bourdieu à la fin des années 1960 [Bourdieu et al., 1965]. » (pages 73-74)

« A la différence de la photographie, l’écriture est une activité non seulement solitaire mais aussi fortement autocentrée, aussi bien ce qui concerne la nature que la destination des textes écrits. » (page 75)

« Le lien privilégié entre le monde des arts et les classes supérieures dans la fréquentation des musées prolonge pour partie le rôle traditionnel des mécènes dans le financement du monde des arts. » (page 90)

« Ces évolutions signifient moins une atténuation qu’une recomposition des lois de la distinction. »(page 109)

 

RESUME

Depuis 1960, le budget des ménages consacré aux consommations de biens et services culturels a considérablement augmenté. Le but ultime est de parvenir à prendre connaissance des changements sociaux qui ont émergés de ces pratiques. Faisons-nous face à une démocratisation de l’accès à la culture ? La culture s’uniformise-t-elle ou au contraire, fait-elle ressortir des inégalités ?

 

I. Pratiques culturelles et stratification sociale

→Les classes sociales varient de par la transmission des traits culturels qui conditionnent alors les comportements individuels. Ces traits mettent en place des frontières symboliques entre les groupes sociaux mais renforcent la cohésion interne. La reproduction d’une classe se traduit par la transmission du capital culturel avant le capital économique. Les dépenses ostentatoires permettent d’affirmer son rang.
→Les goûts et les habitudes culturelles sont socialement hiérarchisés. La classe dominante (chefs d’entreprises, cadres etc.) est mise en opposition avec la classe populaire (universitaires, employés, ouvriers etc.). La première sera plus académique et conformiste tandis que la seconde se présentera du côté de l’innovation esthétique et de l’avant-garde culturelle.
Il existe deux logiques d’action publiques différentes :
– Démocratisation de la culture : politique centrale dans le modèle français, notamment sous André Malraux dans les années 60. L’objectif est de réduire les inégalités d’accès à la « haute culture ». Les acteurs culturels procèdent à la mise en œuvre d’un programme d’aménagement culturel, et politique de décentralisation théâtrale.
– L’action culturelle se différencie du développement culturel (local ou régional, cultures minoritaires, traditions populaires). Ils se diversifient en termes d’équipement, etc. Les années 80 annonce le début des actions socioculturelles.

 

II. Une pratique dominante : la télévision

→La télévision est le principal loisir culturel dans le monde occidental. Cependant, plusieurs usages déterminent les rapports des ménages à cet outil de médiation :
-Usages structurels : la télévision est regardée non pour elle-même mais pour accompagner une autre tâche. Elle a donc, dans ce cas, une fonction d’accompagnement.
-Usages relationnels : la télévision provoque l’illusion de familiarité (avec les individus filmés) et alimente les conversations. Sa fonction vise à ressourcer le lien social.
-Usages cognitifs : la télévision a une fonction d’apprentissage (explicite ou non)

La télévision est souvent suivie avec un rythme d’attention bas.
→La télé fonctionne par une logique de flux : les images ne peuvent être choisies ou programmées. Le téléspectateur se différencie du cinéphile par sa passivité et sa superficialité. Cependant, le téléspectateur sera plus ouvert à la pluralité des programmes télévisés.
→Rapidité de diffusion depuis les années 50 : la télévision était une manifestation ostentatoire de l’accès à la culture et est devenue un symbole de participation à la culture et consommation de masse.
Vertu : d’abord sur les enfants ainsi éloignés des dangers de la rue
Méfait : menace pour l’équilibre familial
La télévision a une fonction de regroupement : Ambivalence car il y a regroupement sur la sphère privée mais émergence de tensions internes. Les hommes regardent plus la télévision car la maison est synonyme de lieu de repos. Or, pour la femme la maison est synonyme de lieu de travail, elle regardera donc moins la télévision.

→La télévision est favorisée par rapport aux loisirs extérieurs.
1960 : les cadres travaillaient moins d’heures que les salariés
1990 : Inversement
La télévision devient donc le seul loisir accessible « par défaut » pour la population exclue de la « haute culture ».
→Avec le temps, la télévision devient un loisir plus banalisé et plus dévalorisé.
→Les cadres regardent plus les programmes culturels.
Les retraités, employés et ouvriers regardent davantage les émissions de variétés et les jeux télé
On souligne alors la différenciation sociale et culturelle.
→Les interprétations sont très hétérogènes selon la profession, l’âge et le sexe.

 

III. La lecture à l’épreuve de la culture de masse

→La lecture est aujourd’hui parée de vertus. Elle semble sans excès et appartient au domaine des pratiques savantes. Mais auparavant, la lecture était un moyen de diffusion de la culture de masse, elle se confrontait à de nombreuses critiques. (Exemple de danger médical : augmentation du bovarysme chez les femmes). La dévalorisation des lectures populaires se traduisait par le dicton suivant : « le temps à lire est du temps perdu. »
Sa légitimité s’est donc construite en opposition à l’industrie du divertissement et de l’audiovisuel qui sont en augmentation constante.
→« Crise de la lecture » due au divertissement, aux mass medias, à la télévision. On assiste à un recul de la lecture. La pratique est stable concernant les non-lecteurs mais la réduction se fait depuis les gros lecteurs. On constate une progression globale de lecteurs mais l’intensité des pratiques individuelles est en baisse.
Facteurs : contraintes professionnelles pour les cadres. Les classes supérieures seraient à la recherche d’activité coûteuse en argent mais économe en temps.
→La désaffection des jeunes pour la lecture est une idée reçue selon Coulangeon. Les non-lecteurs ne sont pas majoritaires chez les jeunes. Il y a chez les jeunes une pratique répandue mais une passion minoritaire.
Facteur : concurrence des autres médias comme la télévision.
→Les non-lecteurs sont plus nombreux parmi les gros consommateurs de télévision. La concurrence entre la télévision et la lecture concerne plus les diplômés car la télévision est vue comme un moyen de s’informer avant une distraction. La concurrence est plus forte quand les usages sont proches.
→On s’attend à ce que le niveau des études influence la fréquence et l’intensité des pratiques de la lecture. Cependant, le niveau de qualification augmente en globalité alors que la pratique de la lecture diminue.
Le recul de la lecture est dû aux transformations de la structure sociale du public scolaire.
La solution proposée par le sociologue est qu’une pédagogie plus centrée sur les intérêts des élèves va davantage encourager la pratique de la lecture avec un objectif de diversification.
Deux fonctions contradictoires sont formulées concernant la lecture :
-la lecture est vue comme un support et un prolongement du travail scolaire.
-la lecture représente un moyen de s’évader des exigences scolaires.

→Lire plus de livres n’indique pas lire plus de journaux. Les gros lecteurs (livres) feront partie des classes moyennes et supérieures alors que les non lecteurs feront partie des classes populaires. L‘inverse est noté en ce qui concerne la lecture de la presse régionale et des magazines télé.

Facteurs : fonction des livres = distanciation avec le quotidien
                   fonction de la presse = plus utilitaire

→Facteur socioprofessionnel : les cadres seront adeptes des genres non fictionnels (littérature classique, essais politique etc.)
Facteur dû au sexe : les femmes seront surreprésentées dans la pratique de la lecture de livres dits « pratiques ».
Facteur dû à l’âge : élèves et étudiants plus représentés dans la lecture de BD.

→Deux théories contradictoires concernant la réception des œuvres :
-la première dit que le texte véhicule un sens univoque imposant au lecteur ses conditions de réception et d’interprétation, indépendamment du contexte social et historique de la lecture.
-la seconde plus contemporaine annonce que le lecteur détient le pouvoir d’interprétation et de co-construction du sens.

De nombreuses études se succèdent concernant la réception du lecteur, et la polysémie des œuvres.
Lectures internes : auto-référencées et indexées
Lectures externes : plus sensibles au contexte de l’œuvre et de l’auteur
Facteurs : principe de différenciation sociale : lecture savante Vs. Lecture populaire

Mode éthico-pratique de la lecture : lié aux valeurs de l’expérience de la vie quotidienne associées aux conditions économiques et sociales du lecteur.
La lecture ordinaire indique l’identification du lecteur et une dissolution de la frontière entre fiction et réalité pour les personnes non exposées à l’approche littéraire. Cependant, les lecteurs populaires ne peuvent être considérés comme dupes. La distanciation est de rigueur afin d’interpréter une œuvre.

 

IV. Musique : la montée de l’éclectisme des goûts

→Variétés françaises et internationales en tête des préférences.
Genres savants : musique classique, opéra, jazz… -> plus prononcé quand le niveau d’études est plus élevé
Genres populaires : rock, rap, techno… -> diffère plus faiblement selon les diplômes et la catégorie socioprofessionnelle
Préférence pour « variétés » due à un effet de nomenclature

→La préférence pour les variétés indique un affaiblissement du pouvoir « classant ». On constate un pluralisme des goûts. L’éclectisme apparaît quand des emprunts aux pratiques « illégitimes » sont ajoutés aux pratiques « légitimes ».

→Variétés : plus écoutées par les femmes que par les hommes
Cause : les variétés associent la musique au texte ->avantage féminin
Cette association est mise en parallèle avec le domaine de la lecture.
La partition est aussi due aux conditions d’écoute. La radio est plus écoutée que les disques et indique alors une écoute distraite, représentée chez les femmes par l’accompagnement d’activités domestiques. Cette partition annonce alors l’inégale répartition des tâches ménagères.

→L’âge est le facteur le plus important dans la différenciation en termes de goût musicaux. On parlera alors plus de génération que d’âge. La rupture générationnelle est forte, et évolue avec l’internationalisation du marché.

→Les diplômés jeunes ont une familiarité moindre avec la musique savante que les diplômés plus âgés.
Cause : la massification de l’enseignement secondaire a brouillé les frontières entre musiques savantes et musiques populaires.

→L’évolution des goûts accompagne un mouvement politique de légitimation culturelle des genres dits « mineurs », grâce à des subventions publiques notamment. On note alors l’entrée de genres populaires dans la politique culturelle. La frontière entre musique savante et musique populaire est due au clivage générationnel : la musique qui était populaire pour une génération sera la musique savante d’une autre.

→La radio a joué un rôle important dans la recomposition des frontières de la légitimité culturelle. Le jazz a été le premier bénéficiaire de la politique culturelle, et aujourd’hui le rock est en cours de légitimation grâce aux revues spécialisées, critiques, etc.
→La radio fait partie de la « culture de la chambre ». Cet espace culturel est plus autonome que celui de la télévision.
Les stations thématiques sont un repère identitaire pour les jeunes qui en plus de la musique vont être confrontés à d’autres dimensions de la vie adolescente. Les stations seront l’expérimentation et la construction des repères identitaires de l’adolescent. L’identité se traduit également par des codes vestimentaires liés aux courants musicaux.

→Modes de consommation évoluent avec internet et le téléchargement. Ceux-ci vont accroître les lieux et les supports d’écoute.
Cette transformation est abordée par des questions juridiques sur la protection des droits d’auteurs mais il est important de noter la transformation du rapport à la musique elle-même. C’est-à-dire qu’on est témoin de la disparition des médiateurs techniques et économiques (éditeurs, producteurs). On assiste au brouillage de la frontière qui sépare production et consommation.

 

 V. Pratiques amateurs et autoproduction culturelle

→La photographie est la pratique culturelle la plus répandue en tant qu’amateur.
La motivation principale en est liée aux événements familiaux et aux vacances. La photo servira de support mémoriel. Sa pratique est rarement liée aux pratiques culturelles, et la pratique purement artistique reste très faible. (70% de la population pratique la photographie)
→Plus rare que la pratique de la photographie, l’écriture est motivée par une envie personnelle aux dimensions artistiques peu prononcées. Il s’agit d’une activité solitaire et autocentrée. La lecture est souvent liée à l’écriture. Il s’agit d’un domaine plus féminin. (15% de la population pratique l’écriture)
→La pratique musicale est une pratique des plus répandues, entamée durant l’enfance ou l’adolescence. L’apprentissage fait face à un fort encadrement institutionnel. Plus souvent, la formation se fait au conservatoire ou en école de musique. La grande diversité en genres et instruments annonce des coupures : le piano sera plus institutionnalisé alors que la guitare sera moins liée à la musique savante.
Le théâtre et la danse sont moins pratiqués que la musique et le théâtre en particulier, sera une pratique moins durable et moins précoce que la pratique de la musique. La danse comme le théâtre indique une confrontation avec le public. La danse est un domaine plus féminin. (2% de la population pratique le théâtre et 8% la danse)
→La frontière entre amateurs et professionnels est brouillée de par les progrès informatiques musicaux. Les techniques autrefois réservées aux professionnels sont à ce jour, accessibles aux amateurs. De plus, les subventions accordées aux petites structures associatives de production et de diffusion pour les musiques dites « amplifiées » (=actuelles) renforcent cet effacement de frontière.
→Dès la fin des années 60, la politique de diffusion et de démocratisation de la culture met en place l’enseignement des arts et encourage les pratiques amateurs.
Le plan Landowski en musique, du nom du directeur de la musique au ministère de la Culture à l’ère Malraux, ou encore les plans de Maurice Fleuret (ère Jack Lang) mettent en place des formations spécialisées en dehors des musiques savantes. L’hypothèse suivie est que l’expérience des arts permettrait de lever les obstacles sociaux et culturels. Dans le théâtre, on assistera également à cet objectif de démocratisation avec le théâtre populaire de Jean Vilar.
Limites : L’augmentation de la pratique n’indique pas forcément une augmentation de la fréquentation des lieux culturels.
→Semi-loisirs : « ensemble des activités qui tout en ayant une dimension utilitaire et tout en conservant un lien avec le travail professionnel ou la production domestique est avant tout conçu d’activités d’expression de soi dans le temps libre. » (Jardinage, bricolage, couture etc.). Les semi-loisirs sont à mi-chemin entre loisir et production domestique.
→L’engagement militant se traduit par une accumulation et une diffusion de données et d’informations.
Emerge alors des conflits entre associations patrimoniales et intérêts des autochtones. Les autochtones recherchent le confort alors que les « néo-ruraux » recherchent l’authenticité.
L’engagement associatif se fera avant tout dans les associations sportives et culturelles.
→Internet fait plus parti des attributs de l’expertise avant le pouvoir hiérarchique dans l’environnement professionnel. Dans l’environnement domestique, internet est plus synonyme de loisir.
La progression est spectaculaire depuis les années 90. Mais des inégalités se font remarquer : entre générations (plus utilisé par les jeunes), entre catégories socioprofessionnelles (plus utilisé par les cadres), et entre sexes (plus utilisé par les hommes).
Deux théories se contredisent :
-théorie des années 50 et 60 : les technologies d’info-communication sont l’instrument au service de l’aliénation des masses et de la déshumanisation de l’individu.
-théorie des années 80 : les TIC sont une machine fondée sur sa dimension libératrice. Le climat idéologique et culturel est synonyme de rejet de l’autorité, vertus de la gratuité, potentiel créatif.

 

VI. Sorties culturelles et loisirs d’exception

→Depuis les années 60, la fréquentation des musées et des expositions n’a guère changé. Le public est toujours analysé comme ayant un niveau d’éducation supérieur à la moyenne. La fréquentation est variable selon le type de musée, les inégalités sont alors plus ou moins prononcées.
L’ambition de développement culturel par la valorisation des cultures minoritaires ou dominées se traduit par l’élargissement de la notion de patrimoine. Il y a donc une patrimonialisation concernant les traditions populaires par exemple. L’ambition des musées : éducation populaire qui veut le développement culturel sur la valorisation des cultures minoritaires ou dominées.

→Les musées relèvent le plus souvent de la politique culturelle, sociale et politique de la ville. Ils ont un impact sur la rénovation urbaine, et la multiplicité de lieux culturels permet la diffusion, la démocratisation de la culture ainsi que la décentralisation des offres.

→Les plus diplômés ne consacrent pas forcément plus de temps aux œuvres contrairement aux détenteurs de diplômes intermédiaires.
Cause : il y a une dimension statuaire ostentatoire dans la fréquentation d’un musée, et le temps consacré au musée ou exposition peut être modulable à la différence d’un concert ou d’une pièce de théâtre.
Une communication problématique : les niveaux de réception des œuvres sont polysémiques (comme la lecture). Les manifestations d’adhésion seront plus hétérogènes que les manifestations de rejet, qui reposent alors sur des « pactes faibles » de réception et des pratiques distraites.

→La fréquentation du cinéma est avant tout liée à l’environnement urbain mais également à la catégorie socioprofessionnelle et au diplôme détenu. (Exemple : les cadres sont plus souvent au cinéma que les ouvriers). Cependant il n’y a pas de clivage entre les genres de films. Le cinéma est l’art populaire par excellence. Il est plus facilement lié à l’âge. Il sera alors un loisir de sociabilité chez les adolescents et un loisir familial avant 15 ans et après 25 ans.
L’âge d’or du cinéma se situe dans les années 40 à 60. Le recul est dû à la télévision (effet « moyennisateur ») et la vidéo (possibilité d’archivage). Le rôle de la télé est donc défini par la démocratisation de l’accès à la culture. Ce qui peut également être perçu négativement par la banalisation d’œuvres cinématographiques.

→Théâtre, opéra et concerts sont des pratiques d’exception. La concentration de l’offre se trouve à Paris. Cependant, ces domaines sont les plus privilégiés de la politique culturelle, ils occupent les principaux postes du budget public.

→Le Théâtre National Populaire de Jean Vilar voulait s’attaquer aux inégalités d’accès à la culture. Le même objectif était défendu avec le festival d’Avignon. Le théâtre populaire était alors plus un théâtre de l’abolition des distances sociales.
Mise en œuvre : avancement de l’heure des représentations, possibilité de dîner sur place, inversion du rituel des avants premières, décentralisation de l’offre grâce aux maisons de culture.
Cependant, une étude a montré que les pays dépensant le plus dans les infrastructures culturelles ne sont pas ceux qui voient une augmentation de la fréquentation de ces lieux. Les pays ayant le taux le plus élevé en termes de fréquentation sont les pays liant politique de démocratisation et politique d’éducation.

→Concernant les arts du spectacle, la délimitation entre arts savants et arts populaires est plus incertaine et plus mouvante.
Musique : plus écoutée que fréquentée (concert)
Opéra : fréquentation plus liée à des motivations sociales

 

Malgré une forte progression des dépenses et des pratiques culturelle coïncidant avec une massification de l’enseignement secondaire et une politique culturelle favorisant la démocratisation, le bilan reste mitigé.
En 30 ans, l’emprise de l’industrie de la culture de masse a fortement augmenté ainsi que les loisirs audiovisuels. Mais, les inégalités d’accès à la culture savante ont peu diminués.
Bien qu’il y ait eu un objectif de décloisonnement entre culture savante et culture populaire, les inégalités restent fortes.
Le bilan concernant la démocratisation relève donc plus de la désillusion.

 

 

DEFINITIONS

 

Ecomusée : Destiné à offrir une alternative globale à la muséographie traditionnelle. Ce type de musée est défini comme un musée ethnographique présentant une collectivité humaine dans son contexte et son environnement géographique.

Habitus : « L’ensemble des dispositions, des schèmes de perception et d’action incorporés aux différents stades de la socialisation et qui reflètent les caractéristiques sociales de son environnement [Bourdieu, 1980]. (page 6)

Pratiques culturelles : « L’ensemble des activités de consommation ou de participation liées à la vie intellectuelle et artistique, qui engagent des dispositions esthétiques et participent à la définition des styles de vie : lecture, fréquentation des équipements culturels (théâtres, musées, salles de cinéma, salles de concerts, etc.), usages des médias audiovisuels, mais aussi pratiques culturelles amateurs. »(pages 3-4)

Ministère de la Culture et de la Communication – DEPS : Il est le service d’études en sociologie et économie de la culture et le service statistique ministériel du ministère de la Culture et de la Communication.

Omnivore (au sens culturel du domaine musical) : Personne dont les préférences se situent dans et hors du champ de la musique savante. Cela est bénéfique au développement de la sociabilité.

Univore (domaine musical) : L’univore est tout le contraire de l’omnivore. En effet, il va se cantonner à ses habitudes musicales sans s’ouvrir vers d’autres horizons et, par cela, faire naître le concept de « l’intolérance musicale ».

TIC : Technologies de l’information et de la communication.

La lecture de divertissement : Comme son appellation l’indique, c’est une lecture consistant à se divertir, s’évader hors de son environnement quotidien et de son expérience personnelle en quelque sorte. C’est une lecture typiquement féminine bien qu’il y ait toujours des exceptions.

La lecture didactique : Elle associe désir de lire ainsi que désir d’apprendre. C’est une lecture dans l’ensemble nettement plus pédagogique que la lecture de divertissement. Elle s’ouvre sur une plus grande variété d’ouvrages tels que des ouvrages historiques, politiques, techniques ou encore scientifiques. C’est une pratique de lecture qui est dans l’ensemble plus masculine que féminine.

La lecture de salut : Elle représente l’envie de se parfaire, s’améliorer, se cultiver en dépit d’un capital scolaire souvent peu élevé.

La lecture esthète : Elle est la forme de lecture la plus légitime qui affectionne l’art et la beauté.

 

 

IDEES A RETENIR

Le cadre social lié à la culture

Par définition, Coulangeon, sociologue, étudie non pas les effets de la culture sur le cadre social mais les effets du cadre social sur la culture. Les personnes auront un effet direct sur la pratique d’une activité culturelle, et cela fera émerger les différences entre catégories socioprofessionnelles, sexe, générations etc. C’est de par ces différences d’habitudes culturelles qu’émergera la question de démocratisation d’accès à la culture. En effet, la politique culturelle, insiste sur ces différences pour critiquer alors une certaine inégalité entre les différents groupes sociaux.

 

La démocratisation d’accès à la culture

Dans cet ouvrage, Coulangeon insiste sur l’objectif recherché par la politique culturelle qui est de démocratiser l’accès à la culture. Cet objectif se retrouve présent dans chaque domaine artistique, que ce soit la lecture, la musique, ou le théâtre, l’idée principale motivant ainsi les initiatives prises par le ministère de la culture est  de permettre au plus grand nombre d’accéder à la culture et d’obtenir ainsi les clés pour sa compréhension.

 

Arts savants et arts populaires

Les inégalités se retrouvent avant tout confrontées par le clivage qui existe entre les arts dits « savants » et les arts dits « populaires ». Deux termes que l’on retrouve dans plusieurs domaines artistiques. Cette distinction annoncera alors les inégalités et la coupure opérée entre les différentes classes sociales. Coulangeon insiste sur le fait que qualifier un art de savant ou de populaire se définit avant tout par le contexte social et historique. Un art populaire dans un temps donné peut devenir un art savant dans un autre temps.

 

L’évolution des loisirs

La société actuelle montre l’évolution des nouvelles technologies, comme les NTIC (nouvelles technologies d’information et de communication). Ces nouveaux supports indiquent une nouvelle façon de « consommer » la culture. De par ces outils, la démocratisation sera plus simple même si ils cachent des inégalités sociales. Les « anciens » loisirs seront alors confrontés aux « nouveaux » loisirs. Ainsi, la télévision, concurrencera avec de nombreuses autres pratiques comme le cinéma ou la lecture. Cette concurrence révèle alors les limites de la démocratisation. On veut une démocratisation d’accès à la culture mais pas au détriment d’une banalisation de certaines œuvres et un recul de certaines pratiques culturelles.

 

Un bilan mitigé

Coulangeon nous fait part tout au long de son livre de l’évolution des pratiques culturelles, de la nouvelle place qu’ils ont aujourd’hui au sein de la société, et celle qui leur était dédiée auparavant; de la différenciation des pratiques d’une catégorie de personnes à une autre. L’objectif des réformes mises en place sont de réduire les inégalités. Une fois que les histoires, les statistiques et les études sont développées, Coulangeon nous fait part de son avis, et du bilan mitigé qui en ressort. Bien que la France consacre une part importante de son budget à la culture, celle-ci est toujours soumise à de nombreuses inégalités, et l’accès à la culture savante ne s’est guère amélioré en 30 ans. Si aujourd’hui on affronte une désillusion face à l’objectif de démocratisation, le ministère de la culture pourrait s’orienter vers de nouveaux objectifs et de nouvelles théories afin d’initier le plus grand nombre de personnes à la culture.

 

 

COMMENTAIRES

Le bilan dressé par Coulangeon reste très pessimiste bien que très objectif du fait des enquêtes qualitatives et quantitatives diverses et variées dont se compose son ouvrage. Il ne répond pas favorablement aux propositions du ministère de la culture et notamment au regard des données, résultantes de plusieurs études, concernant la fréquentation des lieux culturels. Malgré son regard critique sur l’objectif de démocratisation d’accès à la culture, ce dernier n’expose en aucun cas son avis durant le développement de son livre. Le sociologue adopte une position très scientifique, sa rhétorique se base sur des résultats d’études diverses et sur des tableaux de données. En adoptant ce statut de médecin, se penchant sur chaque cas, en analysant les symptômes afin de connaître la cause du problème et de prévenir les conséquences, Coulangeon tente de garder une certaine distance et un œil objectif. La description des cas se trouve alors d’une neutralité certaine. Cette étude mathématique qui trouve toute sa pertinence grâce aux documents extérieurs (tableaux, essai etc.) peut paraître alors réductrice en certains points. Bien que l’auteur s’efface derrière les statistiques, son jugement peut apparaître lorsqu’il s’agit de formuler des hypothèses. Une idée personnelle est donc développée bien qu’elle soit brève.