{"id":736,"date":"2012-12-12T12:00:30","date_gmt":"2012-12-12T11:00:30","guid":{"rendered":"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/?p=736"},"modified":"2023-12-01T14:31:16","modified_gmt":"2023-12-01T13:31:16","slug":"le-livre-numerique-et-le-lien-social-pistes-de-reflexion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/?p=736","title":{"rendered":"Le livre num\u00e9rique et le lien social &#8211; pistes de r\u00e9flexion"},"content":{"rendered":"<h2>INTRODUCTION<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">D&rsquo;un premier abord, le titre de cet article semblait plut\u00f4t int\u00e9ressant : \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.lexpress.fr\/culture\/livre\/du-papier-au-numerique-quand-le-livre-cree-des-liens_1150928.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Du papier au num\u00e9rique, quand le livre cr\u00e9e des liens\u00a0<\/a>\u00bb. Il avait l&rsquo;avantage de soulever un bon nombre de questions int\u00e9ressantes sur la dimension sociale du livre, souvent oubli\u00e9e lorsqu&rsquo;on parle de num\u00e9rique. Seulement, en parcourant l&rsquo;article, on s&rsquo;apercevait vite que l&rsquo;auteur tombait dans des id\u00e9es re\u00e7ues classiques, et ne proposait pas de v\u00e9ritable r\u00e9flexion. J&rsquo;allais passer \u00e0 autre chose quand, en v\u00e9rifiant les sources, je me suis aper\u00e7ue que non seulement l&rsquo;auteur n&rsquo;avait pas v\u00e9ritablement creus\u00e9 l&rsquo;actualit\u00e9, et qu&rsquo;en plus il d\u00e9formait le propos de ceux qu&rsquo;il citait. Voici donc une lecture revisit\u00e9e de cet article sommaire, essayant de poser les bonnes questions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour plus de clart\u00e9, on distinguera trois sortes de pr\u00eat\u00a0: le pr\u00eat informel, d&rsquo;un particulier \u00e0 un autre, sans l&rsquo;intervention d&rsquo;un quelconque organisme\u00a0; le pr\u00eat associatif, par les biblioth\u00e8ques ou autres, ne n\u00e9cessitant pas de paiement lourd\u00a0; et enfin le pr\u00eat commercial, sur des plateformes payantes.<\/p>\n<h2>R\u00c9SUM\u00c9 DE L&rsquo;ARTICLE<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;auteur commence par \u00e9voquer la remise en cause de la fonction sociale du produit culturel par les institutions\u00a0: il commence par faire un sort aux DRM (Digital Rights Management), qui r\u00e9duisent selon lui la lecture \u00e0 \u00abun mat\u00e9riel sp\u00e9cifique (liseuse, tablette)\u00bb. Autrement dit\u00a0: ils consid\u00e8rent qu&rsquo;on lit la tablette et pas le fichier lui-m\u00eame. Ce dernier \u00e9tant li\u00e9 au mat\u00e9riel, on ne peut ni le pr\u00eater, ni le revendre. Il cite comme exemple Google Books qui, lors de son lancement en juillet 2012, pr\u00e9cisait bien que \u00ab\u00a0les lecteurs ne sont pas autoris\u00e9s \u00e0 vendre, louer, c\u00e9der \u00e0 bail, distribuer, diffuser, transf\u00e9rer ou c\u00e9der leurs droits sur le contenu num\u00e9rique \u00e0 une tierce partie\u00a0\u00bb.<br \/>\nIl \u00e9voque ensuite certaines pratiques sociales construites autour du livre papier, et qui se verraient menac\u00e9es par le num\u00e9rique:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/Sans-titre.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-742\" alt=\"\" src=\"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/Sans-titre-224x300.png\" width=\"224\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/Sans-titre-224x300.png 224w, https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/Sans-titre.png 299w\" sizes=\"auto, (max-width: 224px) 100vw, 224px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li><em>Little Free Libraries\u00a0<\/em>: syst\u00e8me de partage bas\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9change. Lorsqu&rsquo;on prend un livre dans une LFL, on doit en reposer un autre \u00e0 sa place.<\/li>\n<li><em>Bookcrossing\u00a0<\/em>: laisser un livre dans un endroit public pour qu&rsquo;il acc\u00e8de \u00e0 de nouveaux lecteurs.<\/li>\n<li><em>Rencontres de quartier\u00a0<\/em>: comme en organise l&rsquo;association <em>Circul&rsquo;livre<\/em> dans 11 arrondissement de Paris. Il s&rsquo;agit de rencontrer des gens de son quartier pour une discussion autour de lectures partag\u00e9es.<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.biglib.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Biglib<\/em><\/a> : un site internet qui propose de donner les vieux livres dont on n&rsquo;a plus l&rsquo;usage, la plupart des gens choisissent la proximit\u00e9, pour pouvoir se rencontrer et faire l&rsquo;\u00e9change en main propre.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;auteur cite tout de m\u00eame plusieurs r\u00e9f\u00e9rences remettant en cause la fonction sociale du livre papier. Notamment Lorenzo Soccavo , auteur de <em>De la biblioth\u00e8que \u00e0 la bibliosph\u00e8re<\/em> (ouvrage 100% num\u00e9rique), qui parle de \u00absurestimation\u00bb de la fonction sociale du livre papier, en le comparant avec la tradition culturelle orale\u00a0: \u00abDepuis que nous sommes pass\u00e9s, il y a plusieurs si\u00e8cles, de la lecture orale \u00e0 la lecture silencieuse, lire est une activit\u00e9 solitaire, intime\u00bb. Quant \u00e0 Claire B\u00e9lisle , auteur de <em>La lecture num\u00e9rique: r\u00e9alit\u00e9s, enjeux et perspectives<\/em> (2004)\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne pense pas que le livre num\u00e9rique ait une plus ou moins grande capacit\u00e9 \u00e0 susciter les \u00e9changes. Cela rel\u00e8ve plut\u00f4t des faits de soci\u00e9t\u00e9 qui sont pilot\u00e9s davantage par le d\u00e9veloppement de l&rsquo;individualisme ou au contraire par la valorisation du partage et du travail en \u00e9quipe&#8230; C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 qui en d\u00e9cide\u00bb. Enfin, Caroline Etivant , fondatrice de <em>Biglib<\/em>: \u00abLes utilisateurs ont syst\u00e9matiquement des usages que les cr\u00e9ateurs de projets n&rsquo;avaient pas anticip\u00e9s. Que les livres soient des fichiers num\u00e9riques ou de bons vieux volumes papiers, les gens auront envie de se parler. La cr\u00e9ation du lien social ne tient pas aux outils et aux techniques mais \u00e0 la nature humaine\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, il faut retenir un point essentiel\u00a0: si les gens veulent s&rsquo;\u00e9changer du contenu num\u00e9rique, l&rsquo;obstacle majeur reste ce blocage du fichier dans la machine (\u00e0 cause des formats diff\u00e9rents par exemple\u00a0: chaque support poss\u00e9dant son propre format, non reconnu par les autres, et en changement constant). Ce qui est contre productif : un livre se fait conna\u00eetre en circulant de main en main, pas en restant au m\u00eame endroit, sous les m\u00eames yeux. L&rsquo;auteur propose et rappelle alors quelques solutions d\u00e9j\u00e0 mises en place, comme les tentatives de normalisation des formats, au sein de la communaut\u00e9 num\u00e9rique de la CNIL notamment, ainsi que dans d&rsquo;autres projets. Il ajoute \u00e9galement que de nouvelles pratiques sociales vont naitre de ce nouveau support, comme l&rsquo;utilisation du num\u00e9rique comme moyen de communication et de partage par le biais des forums\/chats et des r\u00e9seaux sociaux (exemple sur <a href=\"http:\/\/www.babelio.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Babelio.fr<\/a>).<\/p>\n<h2>REPRISE<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Certains \u00e9diteurs en France ne sont pas d&rsquo;accord avec le pr\u00eat informel du livre, qu&rsquo;il soit papier ou num\u00e9rique. On peut citer un article radical sur le <a href=\"http:\/\/comprendrelelivrenumerique.com\/2011\/11\/26\/mon-top-10-pour-trouver-des-livres-numeriques-en-francais\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">blog<\/a> de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, dans lequel on peut lire:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;padding-right: 30px;text-align: justify\">\u00abLorsqu\u2019on me parle de pr\u00eater un fichier num\u00e9rique, je bondis au plafond comme si la seule motivation des lecteurs num\u00e9riques ou papier, est de pr\u00eater un livre. Je me suis rendu compte en discutant avec eux qu\u2019ils ne savent ce qu\u2019est le droit d\u2019auteur. Pour eux, ils consid\u00e8rent que du moment o\u00f9 ils ont achet\u00e9 un livre, ils peuvent en faire ce qu\u2019ils veulent. Or, c\u2019est l\u00e0 que la contradiction n\u2019est pas facile \u00e0 comprendre. Quand on ach\u00e8te un livre, on a pay\u00e9 du papier ou pour un fichier num\u00e9rique, on ne paye pas le droit d\u2019exploiter le travail d\u2019un auteur et de le diffuser. De toutes fa\u00e7ons, c\u2019est une r\u00e8gle chez moi\u00a0: je ne pr\u00eate pas mes livres.<br \/>\nLes biblioth\u00e8ques sont l\u00e0 pour \u00e7a.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette personne soul\u00e8ve deux questions importantes\u00a0: la premi\u00e8re, sur la l\u00e9gislation en mati\u00e8re de pr\u00eat en biblioth\u00e8que (un article tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9 sur le sujet <a href=\"http:\/\/bouquineo.wordpress.com\/2012\/05\/28\/inventer-de-nouveaux-usages-lebook-en-bibliotheque\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a>) et la seconde, sur la propri\u00e9t\u00e9 du lecteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/liseuse-ebook-detournement1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-744\" alt=\"\" src=\"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/liseuse-ebook-detournement1-215x300.jpg\" width=\"215\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/liseuse-ebook-detournement1-215x300.jpg 215w, https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/liseuse-ebook-detournement1.jpg 377w\" sizes=\"auto, (max-width: 215px) 100vw, 215px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout d&rsquo;abord, il faut rappeler qu&rsquo;en France, la loi intervient sur le droit de pr\u00eat, de fa\u00e7on \u00e0 ce que celui-ci n&rsquo;ait pas un impact trop fort sur le march\u00e9\u00a0: les biblioth\u00e8ques fonctionnent ainsi. D\u00e8s lors, on s&rsquo;aper\u00e7oit que la question du pr\u00eat en g\u00e9n\u00e9ral renvoie imm\u00e9diatement \u00e0 la dimension commerciale du livre\u00a0: ce dernier est en effet le fruit du travail d&rsquo;une cha\u00eene d&rsquo;acteurs divers, n\u00e9cessitant r\u00e9mun\u00e9ration pour continuer \u00e0 exister. Avec le num\u00e9rique, nous allons vers une re-mod\u00e9lisation de ce syst\u00e8me\u00a0: le pr\u00eat n&rsquo;est plus le m\u00eame, n&rsquo;a plus la m\u00eame facilit\u00e9 technique. Depuis 2010, de nombreuses biblioth\u00e8ques se sont appropri\u00e9es les tablettes et leurs fichiers. Ces projets se sont av\u00e9r\u00e9s \u00eatre salu\u00e9s d&rsquo;un franc succ\u00e8s et ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s beaucoup de choses sur nos propres pratiques de lecture. La curiosit\u00e9 vis \u00e0 vis du num\u00e9rique a \u00e9t\u00e9 un fort vecteur de lien social\u00a0: les rencontres et les discutions au sujet de cette nouvelle fa\u00e7on de lire vont bon train et am\u00e8nent de nouveaux int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la biblioth\u00e8que. On a m\u00eame observ\u00e9 quelques r\u00e9percutions sur le plan \u00e9conomique\u00a0: certains lecteurs ont tellement aim\u00e9 qu&rsquo;ils se sont offert une tablette.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ensuite, notons que le num\u00e9rique r\u00e9v\u00e8le la question pas toujours \u00e9vidente de la propri\u00e9t\u00e9 du lecteur sur son livre et son contenu. Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, ce dernier achetait du papier et participait par ce biais \u00e0 la r\u00e9mun\u00e9ration des acteurs du livre, il ne pouvait pas d\u00e9tacher le contenu intellectuel de son support\u00a0: mais avec le num\u00e9rique, on ach\u00e8te d&rsquo;un cot\u00e9 le support et de l&rsquo;autre le contenu, on peut d\u00e9sormais retirer un fichier de la machine et pire, le copier d&rsquo;un simple mouvement de doigt. Et maintenant que le lecteur ach\u00e8te \u00e0 part le contenu, il a beaucoup plus de pouvoir sur ce dernier (\u00e0 condition qu&rsquo;il ait les connaissances techniques n\u00e9cessaires): les livres en format ePub, qui est le plus courant, peuvent \u00eatre directement modifi\u00e9s via des applications\/logiciels comme <a href=\"http:\/\/www.ebouquin.fr\/2009\/08\/10\/sigil-lediteur-epub\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Sigil<\/a>. De plus, avec les DRM et les formats, l&rsquo;apparente libert\u00e9 du lecteur se voit mise \u00e0 mal et soumise \u00e0 la condition de ses connaissances techniques. En effet, un livre num\u00e9rique existe sous de multiples formes, qui malheureusement ne sont pas toujours interop\u00e9rables:<\/p>\n<ul>\n<li>Les<em> formats<\/em>: tout comme un fichier de traitement de texte, les livres num\u00e9riques existent en plusieurs formats, ne pouvant \u00eatre lu que par l&rsquo;application appropri\u00e9e. Heureusement, le format ePub2 est aujourd&rsquo;hui la norme utilis\u00e9e.<\/li>\n<li>Les <em>Readers<\/em>: c&rsquo;est \u00e0 dire, les applications permettant de lire le livre num\u00e9rique. Il en existe des dizaines, utilisant deux sortes de technologies diff\u00e9rentes (ARM, WebKit): ces deux derni\u00e8res ne proposent pas les m\u00eames fonctionnalit\u00e9s. Parfois l&rsquo;une sera incapable de lire correctement certaines commandes tandis que l&rsquo;autre ne rencontrera aucun probl\u00e8me.<\/li>\n<li>Les<em> apps<\/em>: le livre num\u00e9rique (surtout les albums jeunesse) peut \u00eatre commercialis\u00e9 en tant qu&rsquo;application \u00e0 part enti\u00e8re. D\u00e8s lors, le livre tend \u00e0 se raprocher plus \u00e9troitement du jeu vid\u00e9o.<\/li>\n<li>Les <em>DRM<\/em>: ils g\u00e8rent la question des droits d&rsquo;acc\u00e8s aux fichiers. Lais l\u00e0 encore, il en existe plusieurs, qui d\u00e9pendent de la provenance du fichier (Apple, Amazon, Adobe) et qui \u00e9videmment ne sont pas compatible avec un autre support que pr\u00e9vu.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\">Le num\u00e9rique remet ainsi en question l&rsquo;h\u00e9ritage du syst\u00e8me actuel de partage du livre, fond\u00e9 sur les droits du lecteur: le don gratuit (il faut que le receveur poss\u00e8de la bonne tablette), la libert\u00e9 (soumise aux DRM), et la propri\u00e9t\u00e9. Cela devient un v\u00e9ritable obstacle \u00e0 la dimension pacificatrice du pr\u00eat de livre, ce qui nous met face \u00e0 une probl\u00e9matique d&rsquo;ordre \u00e9thique, humain et d\u00e9ontologique, d\u00e9passant le simple aspect \u00e9conomique.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/amazon.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-747\" alt=\"\" src=\"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/amazon.jpg\" width=\"215\" height=\"63\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Notons qu&rsquo;\u00e0 la diff\u00e9rence du papier, le num\u00e9rique a entrain\u00e9 un syst\u00e8me de pr\u00eat payant, ailleurs qu&rsquo;en biblioth\u00e8que. On peut notamment citer des projets comme <a href=\"http:\/\/www.nu-book.com\/about.aspx\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Nu-book<\/a> et d&rsquo;autres, ou comme le g\u00e9ant Amazone, qui depuis 2011 autorise les possesseurs de Kindle de \u00ab\u00a0pr\u00eater\u00a0\u00bb leurs fichiers (\u00e0 raison d&rsquo;une dur\u00e9e limit\u00e9e de 15 jours par fichier)\u00a0: ils perdent leur droit de lecture (qui est unique et personnel) pendant la dur\u00e9e du pr\u00eat au profit d&rsquo;un autre utilisateur Kindle, \u00e0 la condition que l&rsquo;\u00e9diteur ait donn\u00e9 son accord (Amazone lui verse une redevance \u00e0 chaque fois que le livre est pr\u00eat\u00e9). D\u00e8s lors on s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;avec le num\u00e9rique, la propri\u00e9t\u00e9 devient floue, \u00e9vasive et impersonnelle. On ne paie plus pour avoir l&rsquo;objet, on paie un droit sur le dit objet (ici un droit de lecture). Ce qui vient bouleverser la question de la censure\u00a0: on peut notamment citer l&rsquo;exemple d&rsquo;Amazon, qui pour interdire la lecture d&rsquo;un livre, l&rsquo;a tout simplement supprim\u00e9 de toutes ses tablettes. En mati\u00e8re de censure, Apple n&rsquo;est pas en reste : son logiciel de v\u00e9rification a refus\u00e9 r\u00e9cemment le livre <em>Tchoupi part en Pique-Nique<\/em>, car le mot \u00abnique\u00bb se trouvait dans le titre (voir cet <a href=\"http:\/\/www.actualitte.com\/inenarrable\/le-pique-nique-un-mot-sale-pour-apple-35778.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">article<\/a>). L&rsquo;utilisateur est alors atteint dans sa propre intimit\u00e9 et la libert\u00e9 de chacun s&rsquo;en voit prendre un sacr\u00e9 coup. Ce pr\u00eat commercial peut \u00eatre vu comme une menace pour la diversit\u00e9 culturelle des livres\u00a0: un bon livre \u00e0 pr\u00eater sera un livre \u00e0 succ\u00e8s, et avec la logique d&rsquo;actualisation (le fait que tout doit \u00eatre nouveau, de la derni\u00e8re mise \u00e0 jour) qui r\u00e8gne aujourd&rsquo;hui, les livres les plus pr\u00eat\u00e9s seront les best-sellers et les libres de droit (qui eux seront toujours gratuits). Ainsi, cette nouvelle pratique interroge l&rsquo;avenir du livre en mati\u00e8re de qualit\u00e9\u00a0: rappelons l&rsquo;exemple d&rsquo;Amazone, qui utilise le succ\u00e8s de certains livres (comme faisant partie de la liste des meilleures ventes du NY Times) en tant qu&rsquo;argument de vente.<\/p>\n<h2>CONCLUSION<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le syst\u00e8me de pr\u00eat en France n&rsquo;est pas encore tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9, mais va selon une croissance exponentielle. A partir du moment o\u00f9 les \u00abBig Six\u00bb (les six gros groupes d&rsquo;\u00e9dition) s&rsquo;y lanceront, on doit s&rsquo;attendre \u00e0 de gros changements dans nos propres pratiques sociales autour du livre. Cela inclut des modifications sur la question des DRM qui restent toujours aussi probl\u00e9matiques, et plusieurs tendances apparaissent d\u00e9j\u00e0:<\/p>\n<ul>\n<li>Le <em>Watermarking<\/em>, qui consiste \u00e0 faire une page \u00abcopyright\u00bb, signalant au lecteur les droits de l&rsquo;auteur sur son \u0153uvre en rappelant la loi. Cette pratique s&rsquo;appuie sur le bon sens et le respect de l&rsquo;utilisateur, mais reste une protection d&rsquo;apparat.<\/li>\n<li>Les DRM <em>chrono-d\u00e9gradables<\/em>\u00a0: nous n&rsquo;ach\u00e8teront plus un livre, mais un simple droit d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 son contenu, ce qui renverse notre conception de l&rsquo;objet livre et de son contenu. Qu&rsquo;est-ce-qu&rsquo;une \u0153uvre? L&rsquo;objet qu&rsquo;on tient dans la main ? Le contenu intellectuel?<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent, de nombreux projets en mati\u00e8re de partage commencent \u00e0 poindre \u00e7a et l\u00e0, surtout par le biais du web. On peut citer l&rsquo;affaire de <em><a href=\"http:\/\/www.lendink.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LendInk<\/a><\/em>, un site qui propose de mettre en relation les utilisateurs Kindle via une plateforme unique. Mais en 2010 des auteurs, y voyant une forme de piratage (alors que rappelons-le, Amazone paie l&rsquo;\u00e9diteur en cas de pr\u00eat), et se sont organis\u00e9s pour faire fermer le site (voir cet <a href=\"http:\/\/www.numerama.com\/magazine\/23398-furieux-et-paranos-des-auteurs-font-fermer-un-site-legal-de-prets-de-livres.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">article<\/a>). Le caract\u00e8re universel et la folle vitesse du web 2.0 ont tendance \u00e0 faire peur aux auteurs, qui se sentent menac\u00e9s et d\u00e9pass\u00e9s. Le num\u00e9rique a le don d&rsquo;ubiquit\u00e9\u00a0: il est partout et ailleurs, il n&rsquo;a ni temps, ni lieu lui \u00e9tant propre. Le lecteur devient alors tout puissant et c&rsquo;est \u00e0 lui, en acqu\u00e9rant un contenu, de le r\u00e9introduire dans le temps et l&rsquo;espace, par sa lecture\u00a0: ce qui participe \u00e0 la peur des auteurs. Avec l&rsquo;anecdote <em>LendInk<\/em>, on peut m\u00eame former l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une guerre culturelle au sujet du livre sur la question des droits, de la propri\u00e9t\u00e9, de la qualit\u00e9, de l&rsquo;\u00e9conomie, et d&rsquo;autres encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cela dit, il faut tout de m\u00eame se rappeler que d&rsquo;autres acteurs du livre, parfaitement conscient de l&rsquo;avenir du num\u00e9rique, agissent en connaissance de cause\u00a0: on ne citera plus Fran\u00e7ois Bon, un des pr\u00e9curseurs de l&rsquo;\u00e9dition num\u00e9rique\u00a0; mais on connait moins l&rsquo;attitude de J.K Rowling (auteur de la saga \u00e0 succ\u00e8s <em>Harry Potter<\/em>), qui avec une tr\u00e8s grande pr\u00e9voyance, a tenu \u00e0 garder la main sur ses droit num\u00e9riques, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il n&rsquo;en \u00e9tait pas encore tout \u00e0 fait question. Elle s&rsquo;en sert aujourd&rsquo;hui comme outil de promotion pour toucher de nouveaux lecteurs, avec sa plateforme <a href=\"http:\/\/www.pottermore.com\/fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">PotterMore<\/a>. On peut se demander si le num\u00e9rique pourrait aller vers un d\u00e9passement de la gratuit\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 sa multi-fonctionnalit\u00e9.<\/p>\n<h2>WEBOGRAPHIE<\/h2>\n<ul>\n<li><a title=\"Articles par Ana Vasile\" href=\"http:\/\/blog.lecteurs.com\/author\/ana-vasile\/\" rel=\"author\">Ana Vasile<\/a>,\u00a0\u00ab<a href=\"http:\/\/blog.lecteurs.com\/2011\/11\/30\/le-pret-de-livres-numeriques-une-nouvelle-tendance\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le pr\u00eat de livres num\u00e9riques, une nouvelle tendance!<\/a>\u00bb, (consult\u00e9 le 28\/11\/2012).<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/owni.fr\/author\/bibliobsession\/\">BIBLIOBSESSION<\/a>, \u00ab<a href=\"http:\/\/owni.fr\/2012\/01\/03\/le-pret-numerique-cherche-sa-place-sur-letagere\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le livre num\u00e9rique cherche ses biblioth\u00e8ques<\/a>\u00bb, \u00a0(consult\u00e9 le 28\/11\/2012).<\/li>\n<li>Camille Poirier\u00a0(LEXPRESS.fr),\u00a0\u00ab<a href=\"http:\/\/www.lexpress.fr\/culture\/livre\/du-papier-au-numerique-quand-le-livre-cree-des-liens_1150928.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Du papier au num\u00e9rique, quand le livre cr\u00e9e des liens<\/a>\u00bb, \u00a0(consult\u00e9 le 28\/11\/2012).<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.biglib.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Biglib<\/a>, \u00a0(consult\u00e9 le 28\/11\/2012).<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.babelio.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Babelio<\/a>, \u00a0(consult\u00e9 le 28\/11\/2012).<\/li>\n<li>Numeriklivres, \u00ab<a href=\"http:\/\/comprendrelelivrenumerique.com\/2011\/11\/26\/mon-top-10-pour-trouver-des-livres-numeriques-en-francais\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Mon Top 10 pour trouver des livres num\u00e9riques en fran\u00e7ais<\/a>\u00bb, \u00a0(consult\u00e9 le 28\/11\/2012).<\/li>\n<li>Bouquineo, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/bouquineo.wordpress.com\/2012\/05\/28\/inventer-de-nouveaux-usages-lebook-en-bibliotheque\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Inventer de nouveaux usages : l\u2019ebook en biblioth\u00e8que<\/a>\u00a0\u00bb, \u00a0(consult\u00e9 le 28\/11\/2012).<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.nu-book.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">NuBook<\/a>,\u00a0(consult\u00e9 le 28\/11\/2012).<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.lendink.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LendInk<\/a>,\u00a0(consult\u00e9 le 28\/11\/2012).<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.numerama.com\/contact\/articles.html\">Guillaume Champeau<\/a>,\u00a0\u00ab<a href=\"http:\/\/www.numerama.com\/magazine\/23398-furieux-et-paranos-des-auteurs-font-fermer-un-site-legal-de-prets-de-livres.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Furieux et paranos, des auteurs font fermer un site l\u00e9gal de pr\u00eats de livres<\/a>\u00bb, (consult\u00e9 le 28\/11\/2012).<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.pottermore.com\/fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">PotterMore<\/a>, (consult\u00e9 le 28\/11\/2012).<\/li>\n<li>Jean Pascal Mathieu, \u00ab<a href=\"http:\/\/blogs.lexpress.fr\/nos-vies-numeriques\/2011\/04\/19\/le-vrai-probleme-du-livre-electronique-nest-pas-technique\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le vrai probl\u00e8me du livre \u00e9lectronique n\u2019est pas technique<\/a>\u00bb, \u00a0(consult\u00e9 le 28\/11\/2012).<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.actualitte.com\/contact.htm\">Cl\u00e9ment Solym<\/a>,\u00a0\u00ab<a href=\"http:\/\/www.actualitte.com\/inenarrable\/le-pique-nique-un-mot-sale-pour-apple-35778.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le pique-nique, un mot sale pour Apple<\/a>\u00bb, (consult\u00e9 le 11\/12\/2012).<\/li>\n<li><a title=\"Posts by Alexis Jaillet\" href=\"http:\/\/www.ebouquin.fr\/author\/alex\/\">Alexis Jaillet<\/a>\u00a0,\u00a0\u00ab<a href=\"http:\/\/www.ebouquin.fr\/2009\/08\/10\/sigil-lediteur-epub\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Sigil, l&rsquo;\u00e9diteur ePub<\/a>\u00bb, \u00a0(consult\u00e9 le 11\/12\/2012).<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTION D&rsquo;un premier abord, le titre de cet article semblait plut\u00f4t int\u00e9ressant : \u00ab\u00a0Du papier au num\u00e9rique, quand le livre cr\u00e9e des liens\u00a0\u00bb. Il avait l&rsquo;avantage de soulever un bon nombre de questions int\u00e9ressantes sur la dimension sociale du livre, souvent oubli\u00e9e lorsqu&rsquo;on parle de num\u00e9rique. Seulement, en parcourant l&rsquo;article, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":13,"featured_media":744,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[39],"tags":[99,98,100,101,97],"class_list":["post-736","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ressources","tag-amazon","tag-bibliotheque","tag-lien-social","tag-livre-numerique","tag-pret"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/736","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/13"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=736"}],"version-history":[{"count":37,"href":"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/736\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5100,"href":"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/736\/revisions\/5100"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/744"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=736"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=736"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ll.univ-poitiers.fr\/masterlivre\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=736"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}