Illu tablette

Les tablettes numériques et smartphones connaissent actuellement un vif succès commercial et médiatique. Ces supports mobiles sont en train de changer les expériences de création et de lecture. Or si ces supports sont souvent évoqués, on prend peu de temps pour décrire, analyser leurs contenus, leurs caractéristiques littéraires, artistiques, hypermédiatiques, pédagogiques, etc.

Si toute œuvre ne peut exister sans support, les contenus sont aussi la raison d’être de ces supports. Nous aimerions donc nous intéresser aux contenus idoines qui y sont déployés : ce que certains appellent « les livres enrichis » ou « augmentés », mais aussi les applications. Comment appréhender et décrire ces contenus ? Comment sont-ils créés ? Comment les publie-t-on? Comment les lit-on ? Nous nous concentrerons sur tous ces aspects depuis leur création jusqu’à leur réception.

Les écrans tactiles mobiles seront abordés en tant que dispositifs techniques au sein desquels de nouvelles œuvres sont proposées et autour desquels de nouvelles pratiques de lecture s’organisent. Il s’agit en effet d’interroger les transformations, les usages et les pratiques de création, d’édition et de lecture des œuvres proposées sur ces supports numériques. Il s’agira bien de prendre le parti de percevoir aussi ces contenus comme des œuvres, d’en faire des analyses littéraires en même temps que médiatiques, à l’image de ces MSA, « média specific analysis »[1], réalisées par Katherine Hayles.

Il conviendra de concevoir et d’interroger ces œuvres non plus seulement en regard des pratiques littéraires liées au livre, mais aussi en regard des pratiques hypermédiatiques liées à l’écran d’ordinateur, cet écran que Gervais et Archibald qualifient de « relié »[2]. Quelle spécificité de la lecture sur écran tactile, par rapport à l’écran relié que nous avions connu jusque-là? Comment les œuvres sur tablette ou pour smartphone s’inscrivent (ou non) dans la lignée des réflexions sur les hypertextes et les hypermédias amorcées depuis le début des années 90 ? Ne serait-il pas plus juste de parler d’œuvres hypermédiatiques pour écran tactile ?

Ce colloque, accordera une part importante aux pratiques, aux expériences de création auctoriale ou éditoriale et de réception.

 

Quelques axes :

Ergonomie : postures, gestes, mouvements, œil

  • Quelle(s) posture(s) ? Quels gestes (tapoter, pincer, glisser) ? Quelles manipulations ? quelles sont les modalités de leur appropriation par le lecteur ?
  • Quels sont les changements opérés dans par ce passage à l’écran tactile ? On peut déjà remarquer que les tablettes et les smartphones sont plus mobiles et proposent un retour à une posture physique de lecture proche de celle du livre imprimé.
  • Aujourd’hui le confort visuel ne paraît plus un obstacle, lire sur tablettes et smartphones est devenu aisé. Toutefois ces supports, contrairement aux liseuses ne sont pas exclusivement dédiés à la lecture. Quel est l’impact de cette pluralité d’usages possibles sur les modes de lecture mais aussi de création ?
  • Quel enjeu pour le « portatif » et le « nomadisme » (au niveau de la création comme de la réception) ?

Poétique des œuvres sur écrans mobiles et lecture soutenue

  •  Quelles poétiques des textes sur tablette ? quelles esthétiques des œuvres ? Quel enjeu pour le statut de l’œuvre ? et pour le statut d’auteur (l’œuvre étant souvent le résultat d’un travail collaboratif avec un technicien).
  • Une typologie des œuvres sur écrans tactiles mobiles est-elle déjà possible ? Quels outils théoriques et quel vocabulaire pour les appréhender ?
  • Les « livres enrichis » et autres applications rendent-ils possible une lecture extensive, studieuse, soutenue ? ou relèvent-t-ils du divertissement ? Les rapides évolutions technologiques et ergonomiques permettent-elles déjà d’envisager la possibilité d’une lecture longue et intensive que l’on jugeait contradictoire avec la lecture sur écran il y a quelques années.
  • En quoi ces œuvres permettent de (re)donner vie à d’autres formes de littérature et d’autres modes de lecture qui ne se réduisent pas à celles et ceux qui ont été canonisés – la grande littérature, la « lecture pure » de Bourdieu.
  • Quel impact sur les formes de narration et de lecture ? au niveau de la création, de l’édition (nécessité d’un paratexte ?) et des expériences de lecture ? On peut par exemple noter la résurgence du format feuilleton. Ainsi, Paul Fournel remarque que le numérique permet de « redonner vie à des formes dont le papier ne veut pas ou ne veut plus, et que les éditeurs boudent »[3]; et il précise : Si tous les matins, on peut recevoir par abonnement un bon poème sur son iPhone, qui dit qu’on ne prendra pas l’habitude de le lire dans le métro ? Idem pour les nouvelles, qui trouveraient bien leur place dans un abonnement quotidien. »
  • Si la littérature dite jeunesse s’est emparée du support, il n’en est pas de même de la littérature dite générale. Pourquoi ?

 Quels lecteurs pour les écrans tactiles mobiles ?

  •  L’aspect non-dédié peut être aussi vu comme un moyen pour la littérature d’aller chercher des nouveaux lecteurs là ou ils sont, c’est-à-dire devant leur téléphone, connectés[4] : “Le Net permet de toucher des gens qui ne sont pas dans la sphère littéraire.” [5]
  • Des lectures impromptues ou improvisées en fonction du contexte sont alors permises par le fait que nous avons toujours ces supports potentiels de lecture sur nous.  Expériences de lecture / géolocalisation.
  • Alors que la lecture des œuvres classiques liées à ce que Dubuffet nommait « l’asphyxiante culture », aux « belles lettres », à une littérature qui sert à l’apprentissage (lecture méthodique et intensive scolaire), considérée comme légitime, est en perte de vitesse, quels « nouveaux contrats de lecture »[6] les smartphones et tablettes vont-ils faire émerger ? Qu’ont-ils de spécifique au regard de ceux proposés par les autres écrans ?
  • Quel plaisir (du texte et/ou du dispositif) à la lecture de ces œuvres ?

Informations pratiques

Le colloque aura lieu les 13 et 14 juin 2014, en lien avec l’opération Lire, penser, écrire, conserver dans un monde numérique, organisée par le Centre du Livre et de la Lecture en Poitou-Charentes (http://www.livre-poitoucharentes.org/),  du 11 au 14 juin 2014.

Les propositions de communication devront être envoyées par mail à Anaïs Guilet (anais.guilet@univ-poitiers.fr) avant le 24 mars 2014.

Date de réponse pour les communications sélectionnées : 1er avril 2014

Organisateurs du colloque : Anaïs Guilet (ATER à l’université de Poitiers, docteure en littératures comparées), Stéphane Bikialo (Maître de conférences en langue et littérature françaises contemporaines à l’université́ de Poitiers), Martin Rass  (Maître de conférences en langue et civilisation allemande) et les étudiants du Master LiMés (livres et médiations)

URL de référence : https://ll.univ-poitiers.fr/masterlivre/

Adresse : UFR Lettres et Langues de l’Université de Poitiers, 1, Rue Raymond Cantel, Bât A3, 86022 POITIERS CEDEX

Partenaires : Le Centre du Livre et de la Lecture en Poitou-Charentes, La Médiathèque François Mitterrand de Poitiers, le Laboratoire FoReLL, le laboratoire Techné, l’UFR Lettres et Langues de l’Université de Poitiers.



[1] Katherine N. Hayles, Writing Machines. Cambridge (Mass.); Londres : MIT Press, 2002.

[2]Samuel Archibald, décrit l’écran relié comme «(…) un écran modifiable en temps réel, qui s’appuie sur des technologies d’inscription numériques et permet l’accès aux différents réseaux »,  Archibald, Samuel. Le texte et la technique. Montréal : Le Quartanier, 2009, p. 160.

[3] Yves Pagès in Christine Ferniot et Marine Landrot, «Littérature et numérique : quand l’écrit invente son avenir », Télérama n° 3256, 09 juin 2012, en ligne : http://www.telerama.fr/livre/litterature-et-numerique-quand-l-ecrit-s-invente-un-avenir,82561.php, consulté le 10 décembre 2013.

[4] Au dernier trimestre 2012, 70,5 millions d’abonnements à un forfait de téléphonie mobile étaient ouverts en France, pour une population d’environ 65 millions d’habitants en France.

[5] Yves Pagès, op.cit. En 1997, dans Les Pratiques culturelles des Français : Enquête 1997, Olivier Donnat notait que si la pratique de lecture ne baisse pas (progression des « pratiques audiovisuelles domestiques » : « les Français passent, en effet, autant de temps qu’avant à lire. Mais ils ne lisent pas les mêmes contenus sur les mêmes supports »), on constate une érosion de la lecture assidue et régulière de livres. Cf. La Documentation française, 1998. En ligne : http://www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr/enquetes.php, consulté le 14 janvier  2014.

[6] Claire Belisle (dir.). Lire dans un monde numérique. Presses de l’ENSSIB, 2011, p. 153.